mercredi 22 février 2017

Querelle autour d'un petit cochon italianissime à San Salvario - Amara Lakhous






aux Editions Barzakh pour cette magnifique découverte. 







"Il n’avait pas tort, ce sympathique génie d’Albert Einstein : il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé."








Scandale à San Salvario, dans le Turin populaire : un cochon a déambulé de nuit dans la mosquée du quartier. Musulmans, nationalistes et bientôt défenseurs des animaux, tous ulcérés, sollicitent la médiation d’Enzo Laganà, connu pour sa tolérance et son bon sens. Dans ce roman enlevé à l’humour caustique, Amara Lakhous dénonce la malhonnêteté d’une certaine presse, plus prompte à désigner des boucs émissaires qu’à analyser des phénomènes complexes. Ce faisant, c’est de la société occidentale qu’il dresse le tableau, dans son absurdité, sa lâcheté et son intolérance, face auxquelles seule une certaine forme de candeur têtue semble faire le poids.










Je vais vous parler d'Amara Lakhous en frottant les mains


Comme je l'avais mentionné dans ma vidéo ICI ,  cet auteur figure dans mon TOP5 écrivains de 2016. Pourquoi?  Tout simplement parce que j'ai été rapidement séduite par son écriture légère et agréable à lire. 


On parle de la couverture ou pas? Hein? J'aime beaucoup le travail de l'illustratrice Chiara Carrer , les postures et les regards sont expressifs surtout ceux de la mamma et de tante Quiz.




Tout commence par un mensonge. Le genre de mensonge qui enchaîne un autre et nous voilà plonger dans une histoire de meurtres et de conflits avec un avant-goût humoristique.

Le livre s'étend sur deux moments:

D'un côté, nous avons Enzo Laganà, un journaliste qui  va mentir à son rédacteur en chef  quand il l'appelle afin de se joindre à l'équipe en urgence. Ils se réunissent autour de l'affaire  "assassinat de quatre albanais" dont tout le monde parle. Enzo qui se trouvait à Marseille pour roucouler  avec une de ses conquêtes ment: il fait croire à  son partron qu'il est sur le coup et ne peut rien révéler avant d'aller voir ses sources. Il élucubre une histoire qui fera la UNE de son journal : faux témoignages, enquête factice, sources imaginaires...


D'un autre côté, à San Salvario, il y a l'histoire de Gino, le cochon de Joseph, le voisin nigérian d'Enzo. Le cochon a été lâché et filmé dans une mosquée. Je vous laisse imaginer cette scène hilarante.

San Salvario est un quartier en effervescence, rassemblant la communauté musulmane, les autres habitants du quartier et quelques protecteurs des animaux. Ils s'affrontent tous suite à ce "scandale"

Nous sommes en Italie : on parle fort et avec les mains. J'imagine tout ce monde parlait en même temps essayant d'expliquer les faits. Joseph apeuré s'enferme chez lui avec son Gino et on désigne Enzo Laganà comme médiateur ou négociateur.  Le côté enfant tarabusté par sa "mama" (prononcez à l'italiene por favor), l'image même de l'Italie a consolidé mon attachement au personnage. Une maman qui veut à tout pris caser son fils approchant la quarantaine:  des moments cocasses pendant ma lecture.


Le but du livre n'est pas de nous raconter une querelle à cause d'un cochon mais l'énorme conflit idéologique qui se cache derrière et que vous découvrirez avec le comportement de chaque personnage. Il y  aussi la dénonciation du travail bâclé de certains journalistes qui ne respectant plus l'éthique, se jouent de l'opinion publique et abuse de la confiance des lecteurs. 

En suivant les égarements burlesques d'Enzo, nous avons  envie de le détester. Cependant, son côté bon voisin, tolérant, altruiste aussi le rendent sympathique et nous aimons ce personnage conciliant qui tend la main à son voisin africain pour le protéger des accusations des autres.


La société contemporaine est pointée du doigt. Qu'elle soit en Italie ou ailleurs, le fléau est le même. Amara Lakhous a juste su le transmettre avec une écriture accessible et divertissant. 

J'ai vraiment été délicieusement surprise par cette découverte. Cent quatre-vingt-cinq pages dévorées en un éclair.  


Un roman que je vous recommande les amis. Une écriture intelligente et recherchée qui fait passer des messages importants sur des sujets sérieux. 


P.S: tous les chapitres ont un titre sous formes de proverbes ou juste des expressions captivantes.








Tante Giovanna alias Quiz :je l'ai vite aimée. Je vous laisse la découvrir. J'affiche un grand sourire en me rappelant ce personnage





Amara Lakhous, né à Alger en 1970, vit à Rome depuis 1995. Il est journaliste, anthropologue et romancier. Ce roman a d’abord été écrit en arabe (Ed. Ikhtilef, 2003). Réécrit en italien puis édité en Italie en 2006, il a eu un succès foudroyant : couronné de plusieurs prix, il a notamment partagé le prix international Flaiano 2006 avec l’écrivain espagnol Enrique Vila-Matas. Une adaptation cinématographique est en cours.


Bibliographie  ICI




5 commentaires:

  1. رائع حمستني لاقتناء الكتاب

    RépondreSupprimer
  2. j'ai découvert le livre grâce à ta chronique, donc je te remercie infiniment.
    J'ai adoré lire ce roman d'abord parce qu'on a aucune difficulté à se mettre dans la peau du héro, un personnage très attachant, il ment a son patron et un mensonge en appelle un autre, ça me rappelle le dicton qui dit: plus c'est gros, plus ça passe!
    Tous les personnages réunis constituent une grande mosaïque, avec des origines, des religions et des cultures différentes.
    j'ai aussi remarqué la similitude entre la société Algérienne et Italienne: la convivialité, les liens sociaux et familiaux qui sont très fort ...
    Sans parler des trouvailles absolument géniales de l'auteur, on ne s'ennui pas une seconde et on ressent du suspens tout au long du livre.
    Mon personnage coup de cœur c'est Tante Quiz également. Elle a quelque chose de pétillant et d'espiègle malgré son âge.

    RépondreSupprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.