
"Les pères de famille qui passent leur temps à essayer de satisfaire les petits ventres peuvent-ils s’occuper également des petites cervelles?"
"Fouroulou ne savait pas très bien comment le travail acharné le tirerait de la misère, lui et les siens. Mais il faut lui rendre cette justice : il ne doutait pas des vertus de l'effort. L'effort méritait salaire et ce salaire, il le recevait. Lorsqu'il fut admis au brevet, ses parents et même les gens du village comprirent enfin qu'il n'avait pas tout à fait perdu son temps. "
Dans ce roman, Mouloud Feraoun raconte sa propre enfance, au sein de son village et de sa famille en Kabylie, ainsi que son itinéraire atypique d’enfant destiné à
devenir berger et qui, au lieu de cela a eu l’immense opportunité de pouvoir fréquenter l’école.
Fouroulou, le héros, nous donne à voir son village et sa structure géographique et sociale ainsi que les us et coutumes de la société kabyle, le travail des hommes et des femmes, le statut des femmes, la place privilégiée des enfants mâles, la gestion des conflits familiaux, les superstitions … Par ailleurs, il nous raconte sa formation scolaire jusqu’à l’âge de 19 ans veille de son entrée à l'école d'instituteur de Bouzarea.
J'ai relu avec plaisir ce roman dans le cadre du challenge organisé par certaines pages littéraires algériennes.
Il m'est
toujours difficile de chroniquer des livres que je chéris beaucoup. J'ai
découvert Fouroulou avant Feraoun. Eh oui le personnage avant l'écrivain. J'avais lu des passages, écouté des conversations. Le Fouroulou avec sa djellaba, je l'imaginais tout petit avec un regard malicieux. Fouroulou, surnom tendre. Fouroulou, mon mythe à moi.
Quel plaisir de relire la Kabylie à travers Feraoun !
Le fils du pauvre ! Fils d’un pauvre.
Un
livre qui s’étale sur deux périodes : la première, ma préférée ! Je
me suis incrustée dans la famille de Fouroulou et j’ai découvert son mode de
vie: Modeste, mais atypique. J’ai été
scandalisée (ma première lecture) en découvrant le favoritisme (je n’exagère
pas) chez les kabyles : C’est toujours cool de naître garçon chez eux ;)
mais j’ai compris une chose par la suite : Quand nous avons des terres(ou juste quand nous sommes paysans) et une vie difficile, on doit miser sur le mâle pour nous prêter
mains fortes aux temps des labours et pour la gestion du patrimoine familial même
s’il est relativement insignifiant.
Passons… au fond de ce roman : Feraoun a
écrit avec le cœur cette autobiographie, on le sent à travers les passages descriptifs
de sa Kabylie. Il nous transporte à travers des chemins sinueux pour atteindre
les sommets des montagnes et découvrir des
hameaux livrés aux lois ancestrales et à une vie précaire.
Il nous
présente sa famille et les habitants de son village. Des caractères différents
mais bien soudés face au désastre causé par le colonialisme. Des personnalités
différentes, mais!!! Rebelles & Soumis sont tenus de respecter les adultes et les
sages du village. J’ai été impressionnée par tant d'égard à la Djemaa.
Solidarité !
Générosité ! Respect ! J’ai ces mots au bout de la langue à chaque fois que je me rappelle Fouroulou. Je
les scande après chaque passage. Je les revendique quand je parle de Feraoun.
L’émotion est
omniprésente tout au long de ma lecture. Feraoun fait des clins d’œil incessants aux :
pouvoir matriarcal dans les maisons, la grand-mère gère tout d’une main de fer,
l’émigration, l’introduction du christianisme, … et bien sûr ce qui lui tient à
cœur : les études.
Je me rappelle
que ma mère m’avait parlée d’un dédain senti à travers
certains passages. Fouroulou aurait regardé de haut ou bien décrit certaines choses en gardant
ses distances ? Cela reste son impression, ne la jugeons pas.
Personnellement, je n’ai jamais détecté ce comportement : pour moi il a
juste décrit des situations vécues et quand on réécrit un passé douloureux,
certains restent pudiques et ne dévoilent qu’à moitié leur ressenti.
Feraoun donne
une leçon à travers le parcours de son Fouroulou : celle du courage. Il
faut vraiment être « vaillant » « persévérant » « optimiste »
pour combattre les aléas d’une vie très
dure, loin du confort citadin et vouloir la
changer, la réussir et bénéficier d’un statut prestigieux aux côtés des colons
(colonisateurs).
Feraoun titille notre sensibilité. Il a écrit
pour que personne n’oublie.
Un roman
poignant. Une narration émouvante. Des descriptions vivantes et saisissantes.
A chaque fois
que je prends ce livre, sans le lire, sans l’ouvrir, j’ai un pincement au cœur et
je ressens une certaine fierté.
Fouroulou m’a
offert un cadeau inestimable : connaître Feraoun, lire certains de ses
livres que je trouve très touchants.
Feraoun, lui,
m’a fait découvrir une magnifique région, des gens impressionnants que j’admire.
Des mœurs et des coutumes que je note avec avidité pour pouvoir rendre hommage,
UN JOUR, à mon petit Fouroulou portant sa djellaba berbère.
La Kabylie
occupe vraiment un coin douillé dans mon cœur. La langue berbère que j’apprends me fait pousser des
ailes à chaque fois que je la parle maladroitement mais bon ils m’en voudront
pas les kabyles, je suis une intruse ;)
Ce livre est
un trésor. Court mais si profond.
La plume de
Feraoun. Simple, directe, accessible… Je vous le répète quand on écrit avec les
tripes, le message passe comme une lettre à la poste.
Né à : Tizi Hibel,Kabylie , le 08/03/1913 Élève de l'école normale de la Bouzareah (Alger), Mouloud Feraoun enseigne durant plusieurs années comme instituteur, directeur d'école et de cours complémentaire, avant d'être nommé inspecteur des centres sociaux. Feraoun commence à écrire en 1934 son premier roman, Le fils du pauvre. L'ouvrage, salué par la critique obtient le Grand prix de la ville d'Alger.
L'écrivain est abattu le 15 mars 1962 à Alger avec cinq de ses collègues inspecteurs de l'Education Nationale, à quatre jours seulement du cessez-le-feu, par un commando de l'OAS (l'assassinat de Château Royal).
Bibliographie ICI






C'est un classique incontournable de notre littérature.
RépondreSupprimerLa chronique est très belle et écrite avec le cœur également!